Les crèmes solaires : bon ou mauvais ?

LE SOLEIL ET SES PIÈGES

Ce que vous devez savoir avant d’appliquer de la crème solaire

Les crèmes solaires sont surtout vendues comme protection contre les cancers de la peau et, accessoirement, contre les coups de soleil. Sont-elles vraiment une solution efficace pour protéger son capital soleil, comme beaucoup de publicités nous le laissent penser ?

Je voudrais poser la question autrement histoire de tout de suite brosser les grandes lignes du débat : dans la prévention du mélanome (le cancer de la peau le plus grave et le seul qui soit mortel), quelle est la place des crèmes solaires ? La réponse n’est pas si simple.

Je voudrais essayer de vous faire comprendre la problématique des crèmes de protection solaire dont on tartine les enfants tous les étés et que les adultes utilisent parfois de façon abondante et incontrôlée.

Je ne mets absolument pas en question les campagnes de protection solaire, car il est absolument certain que l’exposition excessive au soleil, surtout avant 10 ans, est un des facteurs prédisposant au mélanome 

Donc pas question de remettre en cause la protection contre le soleil. C’est plutôt la méthode qui me pose un problème. En effet, les crèmes proposées à grand renfort de publicité et de message de prévention sont, pour une majorité, efficaces contre les UV et c’est éventuellement utile pour éviter les coups de soleil.

Oui, mais voilà, la composition de ces crèmes est-elle si « neutre » pour notre santé ? Les effets de leurs ingrédients ont-ils été bien étudiés au-delà de leur effet protecteur contre les UV ? Que penser des effets à moyen terme de tous ces produits chimiques qu’on applique sur la peau, en particulier celle si fragile des enfants ? Sans parler de l’impact écologique sur la nature (eau, plantes, animaux …). Pour tout vous dire, ça n’est pas correctement évalué.

Les crèmes solaires peuvent être toxiques

Les crèmes solaires peuvent contenir des substances chimiques, potentiellement toxiques. Sans parler des risques allergiques.

Certains filtres UV ont même montré une influence sur nos hormones. Les filtres pénètrent dans notre organisme et se retrouvent dans notre sang. Certains d’entre eux ont même été détectés dans le lait maternel ! Ce sont les conclusions d’une étude suisse menée sur 52 femmes de la maternité de Bâle (1). Les chercheurs ont retrouvé des traces de filtres UV dans 85 % des laits maternels prélevés ! Ils ont également constaté qu’il y avait un lien entre l’application de crèmes solaires pendant la grossesse et la présence de deux composés chimiques : le 4-Méthylbenzylidène camphre (4-MBC) et l’octocrylène (OC) chez le fœtus ou dans le placenta.

Une fois introduits dans l’organisme, ces filtres chimiques peuvent porter atteinte à la santé humaine, mais également à la santé animale, car ce sont des perturbateurs endocriniens. Parmi 9 filtres étudiés, 8 ont montré des propriétés œstrogéniques in vitro et 2 ont montré des propriétés anti-androgéniques, c’est-à-dire qu’ils sont susceptibles d’être féminisants (2)

L’étude a également montré que l’exposition des animaux à certains filtres avant et après la naissance affectait le développement hormonal et modifiait l’expression des gènes régulés par les hormones femelles. Des malformations congénitales, des retards pubertaires chez les mâles et des modifications des organes reproducteurs ont ainsi été observés. Selon l’étude, l’exposition à ces filtres UV pendant la grossesse pourrait faire courir le même risque aux fœtus. Sans parler de l’effet néfaste sur les poissons des mers et des rivières et même sur les coraux !

Une étude de mai 2019 publiée dans le JAMA, une des plus grandes revues médicales, a prouvé une fois encore que les concentrations sanguines pour les quatre filtres analysés en suivant un protocole d’application respectant les recommandations d’utilisation des produits étaient supérieures au seuil recommandé pour effectuer des tests toxicologiques ! Il s’agit des : avobenzone (AVO), oxybenzone (OXY), octocrylène (OCT) et écamsule (ECA).

Les 4 produits exposaient les sujets à des concentrations plasmatiques maximales supérieures à 0,5 ng/mL dès le premier jour d’application, qui persistaient durant les 4 jours d’exposition.

Évidemment, il n’a pas été étudié les réels impacts sur la santé et donc aucun de ces produits n’est interdit ni même accompagné de précautions d’emploi. Mais une chose est sûre, ils passent bien dans notre sang ! Et ces travaux n’ont pas été faits chez l’enfant qui, pourtant, a une peau encore plus « perméable ».

Souvenons-nous de la célèbre crème solaire Bergasol, dont les gens s’enduisaient il y a quelques années avant de s’exposer au soleil « pour éviter ses brûlures et le vieillissement cutané ». Elle a fini par être retirée du marché pour avoir été officiellement reconnue comme étant cancérigène. L’affaire Bergasol n’est qu’un cas parmi beaucoup d’autres, avérés ou à venir.

D’autres filtres sont dits « minéraux », mais peuvent contenir des nanoparticules. Pour une fois, même l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a recommandé il y a quelques années de ne pas utiliser de cosmétiques – en particulier les crèmes solaires – contenant des nanoparticules de dioxyde de titane sur une peau lésée ou sur les coups de soleil du fait des risques potentiels pour la santé humaine ! Pourtant, beaucoup de crèmes solaires contiennent ces nanoparticules.

La même question de pose pour l’oxyde de zinc (ZnO) sous forme de nanoparticules. Il semblerait que plus celui-ci est exposé à la lumière solaire, plus il génère la production de radicaux libres au niveau des cellules de la peau. Ce qui, à long terme, pourrait augmenter le risque de cancer de la peau, un comble ! Ça reste malgré tout le filtre minéral le moins à risque à priori.

Les filtres à base de titane pourraient être acceptables s’il ne s’agit pas de nanoparticules dont la diffusion dans notre organisme est mal étudiée. Je préfère dans ce cas le zinc qui est un oligoélément moins à risque que le titane qui a prouvé sa toxicité quand il passe dans le sang.

Pour terminer cette liste non exhaustive, il ne faut pas oublier que la plupart des crèmes doivent contenir des conservateurs. Trop souvent on retrouve ainsi des parabens, du phénoxyéthanol et quelques autres molécules qui sont des perturbateurs endocriniens, très à risques pour la santé humaine, des petits et des grands.

Alors, on pourrait avoir envie de se reporter uniquement sur des crèmes « bio », mais malheureusement, beaucoup contiennent des nanoparticules et, pire encore, le magazine UFC que Choisir a publié il y a quelques années une étude qui montrerait que certaines crèmes solaires bio pour enfants ne sont pas suffisamment protectrices. 

Pour autant, une crème « bio » un peu moins protectrice, mais sans excipients toxiques et sans filtres à risque n’a-t-elle pas, au final, un rapport efficacité-toxicité bien meilleur ?

Si on se réfère à l’association américaine « Environnemental Working Group » (EWG) qui synthétise les dernières recherches, voici ce que l’on peut dire au regard des dernières données scientifiques :

  • Il n’existe pas de consensus scientifique pour dire que les produits solaires préviennent le mélanome.
  • Il n’existe pas de preuve que les crèmes « indice 50 » soient plus protectrices que les autres vis-à-vis des cancers ou même du vieillissement.
  • Il existe des éléments qui laissent penser que certaines crèmes solaires augmenteraient le risque de cancer de la peau chez certaines personnes.
  • Plusieurs ingrédients des produits solaires, sous l’effet des radiations UV, génèrent des radicaux libres qui peuvent accélérer le vieillissement et augmenter le risque de certains cancers de la peau.
  • De nombreux produits solaires contiennent des perturbateurs endocriniens ou des nanoparticules nocifs pour la santé 
  • Les produits solaires, une fois dilués dans l’eau, contribuent à détruire l’écosystème marin.
  • La réglementation française portant sur les produits solaires est peu exigeante et peu regardante sur la composition des produits.
  • Les produits solaires procurent une fausse impression de protection : ils font oublier que l’ombre, des vêtements protecteurs et un temps d’exposition raisonnable sont les meilleures protections qui soient !

Nos recommandations

Protégez-vous du soleil par tous les moyens « mécaniques et physiques possible » et, quand vous devez jouer sur la plage, vous promenez au soleil ou pratiquer votre sport en extérieur, utilisez une crème protectrice « bio » afin de limiter la morsure du soleil, mais n’en abusez pas.

Évidemment, tout cela va dépendre avant tout de votre phototype.

Et, bien entendu, n’oubliez pas vos lunettes de soleil ! On ne le dit pas assez, mais l’excès de soleil favorise la cataracte. Et une fois qu’on a été opéré, il va favoriser le vieillissement de la rétine et même la terrible DMLA.

Comment protéger vos enfants ou petits-enfants des effets néfastes du soleil ?

Ici, il s’agit non seulement de limiter le risque de coups de soleil, mais aussi de lutter contre le développement des mélanomes, une maladie dont la genèse se fait souvent dans l’enfant ou l’adolescence.

Voici le conseil que je donne à mes patients : un enfant en bas âge, on ne l’expose pas au soleil. On évite de le mettre en plein cagnard aux heures les plus chaudes, on le laisse jouer SOUS un parasol avec un chapeau et un maillot de corps, ce qui limite grandement les besoins d’appliquer des tonnes de crème et qui évite dans la plupart des cas l’agression solaire au niveau de leur peau si fragile !

Mais mettre sur la peau de vos enfants et petits-enfants des crèmes protectrices riches en molécules chimiques ou nanoparticules dont on sait parfaitement qu’elles passent dans le sang et dont on ignore tout du devenir et de leur toxicité à moyen terme n’est pas très rassurant.

Les produits « bio » ne sont certainement pas parfaits, mais comportent un peu moins de risques santé. Attention quand même aux étiquettes, car certaines crèmes qui se disent « bio » contiennent quand même des parabens ou d’autres molécules à risque !

Ce qu'il faut retenir

  • Les crèmes solaires ne garantissent pas une protection contre le mélanome.
  • Elles contiennent des substances chimiques (4-MBC, octocrylène) qui pénètrent dans le sang.
  • Certains filtres UV sont des perturbateurs endocriniens, avec des risques pour la santé.
  • Privilégiez des protections physiques (vêtements, ombre) et des crèmes bio sans nanoparticules.

1 - Schlumpf M, Kypke K, Wittassek M, Angerer J, Mascher H, Mascher D, Vökt C, Birchler M, Lichtensteiger W. Exposure patterns of UV filters, fragrances, parabens, phthalates, organochlor pesticides, PBDEs, and PCBs in human milk: correlation of UV filters with use of cosmetics. Chemosphere 2010; 81:1171–1183.

2 - Schlumpf M, Schmid P, Durrer S, Conscience M, Maerkel K, Henseler M, Gruetter M, Herzog I, Reolon S, Ceccatelli R, Faass O, Stutz E, et al. Endocrine activity and developmental toxicity of cosmetic UV filters--an update. Toxicology 2004; 205:113–122.

Pour aller plus loin...

Ces conseils n’ont pas vocation à remplacer une consultation médicale. Ils peuvent vous aider à mieux dialoguer avec votre médecin afin de faciliter le diagnostic et les choix thérapeutiques.

 Ils peuvent éventuellement vous permettre d’attendre le rendez-vous avec votre médecin si les délais sont un peu longs.