Tabac, Cannabis et fertilité : les effets ne s’arrêtent pas à vous — ils touchent aussi vos enfants
On sait que fumer nuit à la santé. Mais deux nouvelles études publiées début 2026 déplacent la question vers un terrain moins exploré : et si les effets du cannabis ou du tabac dépassaient la personne qui consomme, pour atteindre les enfants à naître — voire les petits-enfants ? C’est ce que suggèrent des travaux récents, aussi bien chez l’homme que chez la femme, avec des mécanismes biologiques qui commencent à être mieux compris.
Cannabis et fertilité masculine : un impact qui se transmet
Des chercheurs de la Washington State University ont exposé des souris mâles à des vapeurs de cannabis — selon des doses et des modes d’administration comparables à ceux d’un consommateur régulier — pendant dix jours. Le résultat est sans ambiguïté : la mobilité des spermatozoïdes chutait nettement dès la fin de l’exposition, et le nombre de spermatozoïdes diminuait de façon significative un mois plus tard.
Mais la découverte la plus marquante concerne la génération suivante. Les fils des souris exposées présentaient eux aussi une baisse du nombre et de la mobilité de leurs spermatozoïdes, ainsi que des signes de dommages à l’ADN et de perturbations dans leur développement. Des effets transmis sans que ces fils n’aient jamais été exposés directement au cannabis.
La troisième génération — les petits-fils — ne présentait pas ces altérations, ce qui suggère que le cannabis a agi à un moment précis du développement de la deuxième génération, perturbant un mécanisme biologique spécifique plutôt qu’une modification génétique permanente.
En résumé : Le cannabis altère la fertilité masculine et ces effets se transmettent à la génération suivante — sans que les fils aient été eux-mêmes exposés. Un signal d’alerte sérieux pour les hommes en âge de procréer.
Ce que cela signifie concrètement pour les hommes
Ces résultats s’inscrivent dans un contexte préoccupant : selon certaines estimations, le nombre moyen de spermatozoïdes chez l’homme aurait chuté de près de 60 % au cours des dernières décennies. Les causes sont probablement multiples — alimentation, perturbateurs endocriniens, sédentarité, pollution. Le cannabis, dont la consommation a significativement augmenté dans de nombreux pays, pourrait faire partie de ce tableau.
La chercheuse principale, Kanako Hayashi, est prudente mais explicite : des recherches supplémentaires sont nécessaires, mais les résultats actuels justifient que les consommateurs de cannabis, en particulier ceux qui envisagent d’avoir des enfants, prennent ces données au sérieux. Le cannabis n’est pas anodin sur le plan reproductif — et ses effets ne se limitent pas à la personne qui consomme.
En résumé : Dans un contexte de déclin général de la fertilité masculine, le cannabis s’ajoute à la liste des facteurs à surveiller — surtout pour les hommes qui souhaitent avoir des enfants.
Tabac et grossesse : une première cigarette qui pèse sur la deuxième grossesse
Du côté des femmes, une étude de l’université de Southampton apporte un éclairage tout aussi inattendu. On savait que fumer pendant la grossesse augmente le risque d’avoir un bébé de petit poids. Ce que cette étude révèle, c’est que cet effet peut se prolonger bien au-delà de la grossesse concernée.
En analysant les données de près de 17 000 mères suivies entre 2003 et 2018, les chercheurs ont montré que les femmes ayant fumé au début de leur première grossesse avaient davantage de risques d’accoucher d’un bébé de petit poids lors de leur deuxième grossesse — même si elles avaient totalement arrêté de fumer entre les deux.
En revanche, les femmes qui ne fumaient pas au début de chacune de leurs grossesses ne présentaient pas ce risque supplémentaire, même si elles avaient fumé dans l’intervalle. Le facteur déterminant semble donc être le fait de fumer en tout début de grossesse, à un moment où les fondations biologiques du développement fœtal se mettent en place.
En résumé : Fumer au début d’une première grossesse laisse une empreinte biologique qui peut affecter la deuxième grossesse, même après un arrêt complet du tabac. Le moment de l’exposition compte autant que la durée.
Ce que ces deux études ont en commun — et ce qu'elles changent
Ces deux études, menées indépendamment et sur des substances différentes, pointent vers un même constat : certaines expositions à des substances toxiques ne produisent pas seulement des effets immédiats et locaux. Elles peuvent laisser une trace biologique durable — dans les cellules reproductrices, dans les mécanismes épigénétiques — qui se manifeste plus tard, parfois dans la génération suivante.
Cela élargit considérablement la notion de responsabilité reproductive. Il ne s’agit plus seulement d’éviter de fumer pendant neuf mois, mais de considérer ses habitudes de consommation bien en amont d’un projet de grossesse — et pour les deux partenaires.
La Dre Nisreen Alwan, coautrice de l’étude sur le tabac, le formule clairement : encourager les femmes à arrêter de fumer avant une grossesse et à ne pas reprendre après la naissance doit s’accompagner de véritables dispositifs d’accompagnement. La volonté seule ne suffit pas toujours — le soutien fait partie de la solution.
En résumé : Ces découvertes invitent à repenser le projet de grossesse bien en amont : les effets du cannabis et du tabac sur la fertilité et le développement fœtal commencent avant la conception, pour les hommes comme pour les femmes
Ce qu'il faut retenir
- Le cannabis altère la mobilité et le nombre de spermatozoïdes chez les hommes exposés — et ces effets se transmettent à leurs fils.
- La troisième génération n’est pas touchée, ce qui suggère un mécanisme épigénétique ciblé plutôt qu’une modification génétique permanente.
- Le tabagisme au début d’une première grossesse augmente le risque d’avoir un bébé de petit poids lors de la deuxième grossesse, même après arrêt complet du tabac.
- Le moment de l’exposition compte : fumer en tout début de grossesse semble particulièrement déterminant.
- Ces deux études élargissent la responsabilité reproductive aux deux partenaires, et bien avant le début d’une grossesse.
- Arrêter de fumer avant une grossesse et ne pas reprendre après l’accouchement reste le conseil le plus efficace — mais il nécessite un accompagnement adapté
Kanako Hayashi et al., Washington State University — étude sur les effets du cannabis sur la fertilité masculine et les générations suivantes, publiée dans Toxicological Sciences, 2025-2026.
Dre Nisreen Alwan et al., université de Southampton et fondation du CHU de Southampton — étude sur le tabagisme maternel et le poids de naissance lors des grossesses successives, publiée dans PLOS One, novembre 2025.
Gustav Eisenreich, Epoch Times « Cannabis et nicotine : des effets sur la fertilité… jusqu'aux générations suivantes », 2 janvier 2026.






