Partie 1 - Graisses Saturées :
Vérité Derrière leur Mauvaise Réputation
Dossier - Les lipides dans notre alimentation
Les graisses alimentaires : amies ou ennemies ?
Acides Gras Saturés
Les lipides sont aussi appelés « graisses saturées » et vous savez probablement qu’elles ont mauvaise réputation. En effet, la consommation excessive de ces graisses a été reliée à un risque plus important de maladies cardio-vasculaires et de cancers. Mais ce n’est pas aussi simple car il existe des acides gras saturés meilleurs que d’autres.
Il existe en effet plusieurs AGS qui se distinguent essentiellement par le nombre d’atomes de carbone. Un code a été établi pour différencier et reconnaitre les acides gras saturés.
On les numérote ainsi : C X : 0
Le « X » représente le nombre d’atomes de carbone et le « 0 » indique qu’il n’y a aucune double liaison (puisque c’est un AG saturé !).
Voici les principaux acides gras saturés qu’on retrouve dans notre alimentation :
| Numéro | Nom usuel | Source alimentaire principale |
| C 4 : 0 | Butyrique | Lait et beurre en particulier |
| C 10 :0 | Caprique | Huile de palme et coco et lait de chèvre |
| C 12 : 0 | Laurique | Viandes et lait |
| C 14 : 0 | Myristique | Viandes et lait |
| C 16 : 0 | Palmitique | Viandes et lait |
| C 18 : 0 | Stéarique | Viandes, lait et cacao |
Voici aussi une façon de représenter la forme spatiale d’un acide gras. Ici l’acide myristique. En blanc les atomes de carbone, en bleu l’hydrogène et en vert les molécules d’oxygène.

On remarquera que cette molécule est linéaire et rigide. C’est le cas de tous les acides gras saturés. Nous y reviendrons car la forme spatiale des acides gras joue un rôle fondamental pour notre santé.
Pour l’heure je voudrais détailler un peu les propriétés des différents acides gras cités dans le tableau.
L’acide Butyrique
L’acide butyrique a une place à part. Comme vous le voyez c’est une toute petite molécule (4 carbones). Il n’est pas considéré comme un acide gras néfaste. On le trouve en particulier dans le beurre mais il est aussi fabriqué par notre flore intestinale. L’acide butyrique possède des propriétés intéressantes pour notre intestin et en particulier la muqueuse intestinale. Il sert de carburant à la muqueuse et d’immunostimulant local [1].
Pour avoir une quantité d’acide butyrique suffisante et ainsi bénéficier de ses actions il est recommandé de manger 10 grammes de beurre cru le matin. On peut également agir sur la flore intestinale, en particulier par des fibres prébiotiques qui favorisent le développement d’une flore équilibrée et suffisante pour synthétiser ce petit AGS.
Les acides capriques et surtout lauriques et myristiques
Les acides capriques et surtout laurique et myristique sont les acides gras saturés les plus néfastes. On pourrait presque dire qu’ils sont « cardiotoxiques ». C’est à cause d’eux que de nombreuses études ont montré que les excès de consommation de graisses saturées favorisaient les cancers et les maladies cardio-vasculaire.
La cause principale est liée à leur « rigidité ». En effet, les acides gras sont des constituants importants de nos membranes cellulaires (voir le chapitre consacré à cette membrane). Si les acides gras présents sont essentiellement des AGS alors la membrane de la cellule sera plus rigide et cela est péjoratif en particulier pour les artères.
En 1981, une étude prouvait déjà que la mortalité cardio-vasculaire était inversement corrélée à la consommation de graisses saturées.[2]
Il existe une relation entre l’élévation du taux sanguin de cholestérol et la consommation de graisses saturées car les aliments riches en AGS sont souvent riches en cholestérol. C’est ainsi que le cholestérol est devenu un marqueur du risque cardio-vasculaire (puisqu’on ne dose pas les AGS dans le sang) mais ça ne veut pas dire qu’il est la cause des maladies. En fait, un cholestérol élevé doit faire suspecter une consommation excessive de graisses saturées !
C’est pourquoi les études montrent qu’avec le même taux de cholestérol, on meurt plus d’infarctus en Scandinavie qu’en Crête. Or, chez les finlandais, les AGS représentent 25% de l’apport calorique total alors qu’en Crête ils représentent seulement 8% ![3]
Les acides stéariques et palmitiques
En revanche, les 2 autres acides gras saturés du tableau, l’acide stéarique et palmitiques, sont considérés comme « neutres » par rapport au risque vasculaire.
L’acide stéarique est sans aucun doute le moins à risque de tous les AGS car il est très rapidement transformé en acide oléique (monoinsaturé) par le foie. C’est ce qui explique que la consommation de cacao soit cardioprotectrice. En effet, si le cacao contient surtout des AG saturés, il est constitué à 70% d’acide stéarique et, par ailleurs, il est riche en polyphénols qui sont des antioxydants protecteurs du cœur et des artères.
L’acide palmitique est également moins préjudiciable sur le plan cardio-vasculaire même s’il est moins intéressant pour la santé [4][5]
Quels aliments consommer pour limiter les « mauvais » AGS ?
Vous voyez dans le tableau ci-dessous que l’on trouve surtout des acides gras saturés dans les graisses animales : les viandes et les dérivés des laits animaux.
Mais là encore il existe des différences notables entre les différentes sources alimentaires.
| Aliments | Lipides (g) | AGS (g) | AGS néfastes | AGS neutres | AGMI (g) | AGPI (g) | Acide linoléique | Ac alpha linolénique | Chol (mg) |
| Laurique | stéarique | ||||||||
| Myristique | Palmitique | ||||||||
| Beurre | 83 | 52,6 | 20 | 30 | 23,5 | 2 | 1,4 | 0,6 | 250 |
| Beurre allégé | 41 | 27 | 10,9 | 1 | 100 | ||||
| Graisse d’oie | 99,6 | 27,3 | 0,5 | 26,2 | 57,1 | 11 | 10 | 1 | 100 |
| Saindoux | 99 | 42,4 | Traces | 40 | 41,4 | 8,9 | 8,6 | 0,6 | 95 |
| Margarine | 82,5 | 31 | 7 | 23 | 32,7 | 12,7 | 11,2 | 1 | 0 |
| Margarine allégée | 41,5 | 13,3 | 8,8 | 17,9 | 0 | ||||
| Margarine au tournesol | 82,5 | 14,3 | traces | 13,6 | 25 | 39,5 | 39,5 | traces | 0 |
On constate tout de suite que le beurre est l’aliment qui apporte le plus d’AGS dits « néfastes ». C’est aussi un des aliments les plus riches en graisses saturées en général mais de ce fait c’est le plus intéressant pour l’acide butyrique. C’est pourquoi on peut manger un peu de bon beurre cru bio mais qu’il faut limiter drastiquement sa consommation. C’est aussi la raison pour laquelle la cuisine du Nord à base de beurre entraine beaucoup plus de maladies cardio-vasculaires que la cuisine du Sud à l’huile d’olive !
Rappelez-vous qu’on aura la même répartition en AGS dans le fromage et approximativement la même dans la viande de bœuf !
En revanche, vous constatez que la graisse des volailles ne contient pratiquement pas d’AGS néfastes. C’est aussi le cas du saindoux qui est la graisse du porc. Cela peut expliquer en partie le French Paradox qui a été définit par des études américaines constatant avec dépit que les français du sud du pays avaient une alimentation presque aussi grasse que celles des américains et pourtant leur taux d’infarctus est un des plus bas au monde.
Je reviendrai plus tard (fiche sur l’acide gras trans) sur le cas des margarines qui sont des aliments à éviter mais bien entendu, pas pour leur teneur en AGS qui est assez faible.
On comprends que pour réduire la consommation des acides gras saturés et surtout les acides laurique et myristique il faudra réduire la consommation de viande de bœuf et des graisses lactiques (beurre, fromage et autres laitages gras).
Sachez que l’huile de coco dont on dit souvent beaucoup de bien contient un très fort taux de graisses saturées. Il faut donc la consommer avec modération. C’est encore pire pour la Végétaline® qui contient 93% de graisses saturées !
Ce qu'il faut retenir
- AGS liés à risques CV et cancers, mais pas tous mauvais ; laurique/myristique les plus néfastes (rigidité cellulaire).
- Butyrique (beurre) bénéfique pour intestin ; stéarique/palmitique neutres.
- Sources : viandes, lait ; limiter beurre/fromage/viande bœuf ; volailles/porc mieux tolérés.
- Études montrent corrélation inverse AGS et mortalité CV ; cholestérol marqueur, pas cause.
Pour aller plus loin
[1] P. R. Pouillart, « Role of butyric acid and its derivatives in the treatment of colorectal cancer and hemoglobinopathies », Life Sciences, vol. 63, 1er janvier 1998, p. 1739-1760 (ISSN 0024-3205, PMID 9820119,
[2] SHEKELL RB et al – Diet, serum cholesterol and death from coronary heart disease. The western Electric study. N Eng J Med 1981 ; 304 : 65-70
[3] KEYS A et al – The diet and 15 year death rate in the seven countries study. Am J Epidemiol 1996 ; 124. 903-15
[4] Grundy S.M., Denke M.A. - Dietary influences on serum lipids and lipoproteins. J Lipid Res 1990;31 1149-72
[5] Hayes K.C., Khosla D.R. - Dietary fatty acid thresholds and cholesterolernia. FASEB J. 1992; 6 : 2600-07
Ces conseils n’ont pas vocation à remplacer une consultation médicale. Ils peuvent vous aider à mieux dialoguer avec votre médecin afin de faciliter le diagnostic et les choix thérapeutiques.
Ils peuvent éventuellement vous permettre d’attendre le rendez-vous avec votre médecin si les délais sont un peu longs.