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Scanners chez l’enfant : entre nécessité médicale et risque à long terme

La tomodensitométrie, plus connue sous le nom de scanner ou CT scan, est devenue un outil central de la médecine pédiatrique moderne. En situation d’urgence, elle permet de détecter rapidement une hémorragie cérébrale, une appendicite ou une lésion grave invisible à l’examen clinique.

Cependant, une récente étude de grande ampleur remet en lumière un enjeu bien connu mais encore débattu : l’exposition des enfants aux radiations ionisantes et le risque potentiel de cancers des années plus tard.

Le scanner : un outil indispensable en pédiatrie

Le scanner joue un rôle déterminant dans de nombreuses situations médicales chez l’enfant. Il guide les décisions cliniques en cas de traumatisme crânien, de douleurs abdominales sévères ou de suspicion de cancer.

Dans l’immédiat, son bénéfice est clair : il permet de poser rapidement un diagnostic fiable et d’éviter des complications graves, parfois mortelles. Pour les radiologues, le risque de passer à côté d’une urgence vitale l’emporte souvent sur les risques potentiels à long terme liés aux radiations.

Une vaste étude sur le lien entre scanners et cancers du sang

Publiée dans The New England Journal of Medicine, une étude a analysé les données de près de 4 millions d’enfants aux États-Unis et au Canada. Les chercheurs ont croisé l’historique des examens d’imagerie avec les registres de cancers, en suivant les patients jusqu’au début de l’âge adulte.

Les résultats suggèrent qu’environ un cas de cancer du sang sur dix observé dans cette population pourrait être associé aux radiations issues de l’imagerie médicale. Les enfants ayant subi un ou deux scanners cérébraux présentaient un risque presque doublé de leucémie ou de lymphome, tandis que des examens répétés multipliaient ce risque par plus de trois.

Un risque individuel faible mais significatif à l’échelle collective

Les chercheurs insistent sur un point essentiel : le risque individuel pour chaque enfant reste faible. Dans l’étude, environ 14 enfants sur 10 000 développaient un cancer sans imagerie. Après exposition aux scanners, ce chiffre augmentait légèrement, avec environ 25 cas supplémentaires pour 10 000 enfants après deux scanners cérébraux.

Cependant, appliqué à des millions d’enfants, ce risque devient significatif sur le plan de la santé publique. La majorité des cancers observés apparaissent plusieurs années après l’exposition, parfois jusqu’au début de l’âge adulte.

Les enfants : une population plus vulnérable aux radiations

Les enfants sont plus sensibles aux radiations que les adultes pour deux raisons principales : leurs tissus sont en plein développement et ils ont une espérance de vie plus longue, laissant davantage de temps à un cancer potentiel pour se déclarer.

Le risque est plus élevé chez les enfants les plus jeunes. Il est maximal dans les années suivant l’exposition, mais persiste sur le long terme. Les experts rappellent toutefois que de nombreux scanners inclus dans l’étude ont été réalisés avant 2004, à une époque où les doses utilisées étaient plus élevées qu’aujourd’hui.

Variabilité des pratiques et importance de l’adaptation des doses

Les pratiques ne sont pas uniformes. Les hôpitaux pédiatriques ajustent généralement les réglages des scanners à la taille et à l’âge des enfants. En revanche, dans certains établissements non spécialisés, des protocoles moins adaptés peuvent entraîner des doses plus élevées.

Les spécialistes rappellent un principe fondamental : prescrire le bon examen, à la dose la plus faible possible, uniquement s’il est susceptible de modifier la prise en charge médicale.

Une surutilisation des scanners, notamment aux États-Unis

Les États-Unis réalisent bien plus de scanners que les autres pays industrialisés. Cette surutilisation s’explique en partie par la crainte des poursuites judiciaires et par l’attente des patients d’obtenir des réponses rapides.

Selon certaines estimations, jusqu’à 30 % des examens d’imagerie seraient de faible valeur médicale et n’influenceraient pas réellement la prise en charge. Ces examens exposent inutilement les enfants aux radiations.

Mieux informer sans générer de peur

La communication autour du risque reste complexe. Certains parents, par crainte des radiations, refusent des examens pourtant nécessaires. Les spécialistes rappellent qu’une dose trop faible peut produire des images inutilisables et conduire à des erreurs diagnostiques.

L’enjeu est donc de trouver un équilibre entre transparence, contextualisation du risque et confiance entre soignants et familles.

Quelles pistes d’amélioration ?

Les experts ne préconisent pas de renoncer aux scanners, mais d’en améliorer l’usage. Lorsque cela est possible, l’échographie ou l’IRM peuvent être privilégiées, car elles n’exposent pas aux radiations ionisantes.

Les parents peuvent jouer un rôle actif en posant des questions sur l’objectif de l’examen, ses alternatives et son impact sur la prise en charge.

Ce qu'il faut retenir

  • Le scanner est un outil vital en pédiatrie, parfois indispensable.

  • Une étude suggère une association entre scanners et cancers du sang chez l’enfant.

  • Le risque individuel est faible mais significatif à grande échelle.

  • Les enfants sont plus sensibles aux radiations que les adultes.

  • L’enjeu est d’utiliser le bon examen, au bon moment, à la dose minimale nécessaire.

  • Epoch Times – Sheramy Tsai, « Scanners chez l’enfant : entre sauvetage et risque de cancer », 2 octobre 2025.
  • Étude publiée dans The New England Journal of Medicine.
  • Déclarations de Rebecca Smith-Bindman, Cynthia McCollough, Donald Frush, Diana Miglioretti, Rebecca Milman.

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