Cancer du sein après 70 ans : faut-il toujours recourir à la chimiothérapie ?
Le traitement du cancer du sein repose souvent sur une combinaison de chirurgie, d’hormonothérapie et de chimiothérapie. Mais cette stratégie, largement appliquée quel que soit l’âge, est aujourd’hui remise en question chez les femmes de plus de 70 ans.
Une vaste étude française publiée dans The Lancet ouvre le débat sur l’intérêt réel de la chimiothérapie dans cette population spécifique.
Cancer du sein hormonodépendant : un traitement standard peu différencié selon l’âge
Le cancer du sein hormonodépendant est le plus fréquent chez les femmes. Le protocole classique associe généralement une intervention chirurgicale, suivie d’une hormonothérapie, à laquelle s’ajoute souvent une chimiothérapie, y compris chez les patientes âgées.
Or, la chimiothérapie est un traitement agressif et toxique, associé à des effets secondaires importants. Chez les personnes âgées, ces effets peuvent être plus marqués, en raison d’une fragilité physique accrue et d’une moindre capacité à tolérer les traitements lourds.
Des données historiquement basées sur des patientes plus jeunes
Les schémas thérapeutiques actuels reposent en grande partie sur des études menées chez des femmes de moins de 65 ans. Les bénéfices observés dans ces populations ont ensuite été extrapolés aux patientes plus âgées, sans validation scientifique sérieuse.
Selon le professeur Étienne Brain, cancérologue à l’Institut Curie, cette transposition s’est faite sans réelle exploration dédiée aux femmes de plus de 70 ans, alors même que leurs profils physiologiques diffèrent nettement.
Une étude dédiée aux femmes de plus de 70 ans
Pour la première fois, une étude de grande ampleur a évalué l’intérêt de la chimiothérapie spécifiquement chez des femmes âgées atteintes d’un cancer du sein hormonodépendant.
Plus de 2 000 patientes de plus de 70 ans ont été suivies, la moitié recevant une chimiothérapie en complément de l’hormonothérapie.
Les résultats montrent que l’ajout de la chimiothérapie n’apporte pas de bénéfice significatif en termes de survie globale, de guérison ou de durée de vie sans récidive, y compris chez les patientes considérées à haut risque génomique.
Un bénéfice jugé marginal face aux effets sur la qualité de vie
Lorsque des bénéfices existent, ils sont qualifiés d’extrêmement marginaux par les auteurs de l’étude. En revanche, les conséquences sur la qualité de vie sont bien documentées : fatigue intense, perte d’autonomie, difficultés à accomplir des gestes du quotidien.
Dans ce contexte, la balance bénéfices-risques de la chimiothérapie apparaît moins favorable chez les femmes âgées que chez les patientes plus jeunes.
Vers une désescalade raisonnée des traitements
L’étude plaide pour une approche plus individualisée, évoquant une possible « désescalade raisonnée » des traitements. L’hormonothérapie devrait rester le pilier central, tandis que la chimiothérapie ne serait plus systématique.
Les auteurs insistent sur l’importance d’une décision partagée entre le médecin et la patiente, tenant compte de l’âge, de l’état général, des préférences personnelles et des objectifs de qualité de vie.
La nécessité de mieux étudier les cancers chez les personnes âgées
Enfin, cette étude met en lumière un manque de données concernant les patients âgés en oncologie. Les auteurs appellent à développer davantage de recherches spécifiques à cette population afin d’adapter les traitements aux réalités physiologiques et sociales du vieillissement.
Ce qu'il faut retenir
- Une étude française remet en question l’intérêt systématique de la chimiothérapie après 70 ans.
- Chez les femmes âgées atteintes d’un cancer du sein hormonodépendant, les bénéfices sont très limités.
- Les effets secondaires peuvent fortement altérer la qualité de vie.
- Une approche personnalisée et une décision partagée sont essentielles.
- Davantage d’études spécifiques aux personnes âgées sont nécessaires.
- Franceinfo – Radio France, « Ce n'est peut-être pas la priorité : une étude remet en cause les bénéfices de la chimiothérapie pour les cancers du sein après 70 ans », publié le 02 août 2025.
- Étude publiée dans The Lancet, 1er août 2025.
- Déclarations du Pr Étienne Brain, Institut Curie, Paris.






